Organisation Communiste de France
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Rompre avec l’impasse et œuvrer à la reconstruction du Parti communiste

Résolution politique et organisationnelle 

Introduction

Le Pôle de renaissance communiste en France, duquel nous avons été exclus ou que nous venons de quitter, a traversé la plus grave crise de son existence. Une dérive fractionnelle, encouragée par une partie de la direction en place, a conduit à la remise en cause du fonctionnement démocratique interne, à la mise à l’écart arbitraire de nombreux membres du Comité central et, finalement, à la rupture de l’unité organisationnelle minimale qui permettait encore de travailler collectivement au sein de cette organisation.

Cette crise révéla un conflit stratégique profond, avéré à de nombreuses reprises : d’un côté, la volonté de construire une organisation léniniste, ancrée dans son siècle, tournée en acte vers le monde du travail et la classe ouvrière et faisant vivre le centralisme démocratique ; de l’autre un éloignement croissant vis-à-vis des principes les plus élémentaires de fonctionnement d’une organisation communiste, et de surcroît le refus, désormais assumé, d’œuvrer à ancrer la renaissance communiste dans le monde du travail malgré les appels à en refaire « le centre de la vie nationale ».

Or, la période historique que traverse notre pays exige au contraire le plus grand sérieux politique et organisationnel. Plus que jamais, les travailleurs ont besoin d’un Parti communiste de combat : ancré dans les luttes, capable de diffuser largement ses positions, utilisant des méthodes d’organisation rigoureuses et garantissant l’unité d’action des militants.

C’est pourquoi, tout en reconnaissant les apports théoriques et militants des tenants de la renaissance communiste en France, nous assumons la nécessité d’écrire une nouvelle page. Ce congrès fondateur se tient afin d’établir les bases politiques, théoriques et organisationnelles de l’Organisation communiste de France (OCF), pleinement engagée dans la construction d’un véritable Parti communiste, et assumant entièrement sa démarche en dehors du PRCF et d’autres formations existantes, c’est à dire en dehors du sectarisme, de « l’esprit de cercle », du menchévisme et de la conversion à la social-démocratie.

Sur la situation politique nationale et internationale

Sur fond de perte d’hégémonie de l’impérialisme euro-atlantique et d’une course effrénée au profit maximum, la mondialisation capitaliste détruit méthodiquement les conditions matérielles de la civilisation humaine – voire de la vie évoluée sur Terre elle-même. À l’échelle internationale, la fuite en avant du capital monopoliste épuise à une vitesse inédite les deux sources fondamentales de toute richesse, la Terre et le travailleur, comme l’avait anticipé Marx. Cette dynamique provoque une crise écologique globale, expression parmi d’autres de l’impasse historique dans laquelle s’enfoncent la société capitaliste et son mode de production.

Incapable de renoncer pacifiquement à sa domination, devenue l’obstacle principal à la paix mondiale, l’oligarchie états-unienne – soutenue, et parfois même devancée, par la direction belliqueuse de l’Union européenne – joue dangereusement avec la perspective d’un conflit potentiellement mondial et nucléaire. Appuyé sur les falsifications médiatiques, les discours de guerre et les pseudo-experts chargés d’habiller idéologiquement l’agression au nom de la « démocratie » ou des « droits de l’homme », l’axe euro-atlantique cherche à préserver coûte que coûte sa prééminence, quitte à franchir toutes les « lignes rouges », comme l’a cyniquement proclamé Macron.

Sur le terrain national, la dissolution accélérée de la France dans un quasi-État fédéral européen démolit nos capacités productives, détruit l’agriculture paysanne, asphyxie les services publics et marginalise la culture ainsi que notre langue nationale, reléguée derrière l’anglais globalisé du monde capitaliste. Cette destruction méthodique du cadre national, fondement historique de la démocratie bourgeoise, mine en profondeur le consentement populaire. Les mobilisations sociales – du NON de 2005 aux grandes manifestations de 2023 pour la défense des retraites, des révoltes de la jeunesse populaire aux Gilets jaunes méthodiquement réprimés – témoignent du refus croissant de notre peuple de voir son quotidien sacrifié sur l’autel de la « construction européenne » et des injonctions de l’OTAN imposant une économie de guerre, alors même que l’exécutif pousse à la militarisation, à l’austérité et à la mise au pas idéologique.

Face à cette situation, il devient vital de raviver les résistances, de reconstruire une alternative révolutionnaire et de relever les outils politiques, syndicaux et culturels qu’ont affaiblis la mutation social-démocrate du PCF, l’arrimage des confédérations syndicales à la « construction européenne » et les renoncements d’une gauche institutionnelle désormais inféodée à l’UE, au MEDEF et à l’OTAN. Une véritable course de vitesse est engagée entre, d’un côté, les forces de la décomposition sociale et nationale orchestrées par les oligarchies française et européenne et, de l’autre, les forces populaires attachées à la dignité humaine, à l’indépendance nationale, à la souveraineté populaire, à la paix et à la vie. Dans cette lutte, le monde du travail et a fortiori la classe ouvrière – dont l’émancipation ouvre la voie à celle de toute la société – demeurent les forces motrices décisives.

Pour la France, la perspective passe par l’émergence d’un front populaire et patriotique, adossée à la reconstruction des outils de la transformation révolutionnaire : un parti communiste de combat, un syndicalisme de classe, une stratégie clairement orientée vers la sortie par la voie populaire, patriotique et révolutionnaire de l’UE, de l’euro et de l’OTAN. À l’échelle mondiale, la nécessité est celle d’un vaste Front anti-impérialiste impulsé par un mouvement communiste international revitalisé, assumant pleinement l’héritage des révolutions passées, développant une analyse marxiste-léniniste contemporaine et œuvrant à une nouvelle hégémonie culturelle progressiste, fondée sur les réalisations scientifiques, artistiques et sociales les plus avancées de notre époque.

Le développement de l’activité auprès des masses est un enjeu décisif. Il doit être le souci de chaque militant, au sein de nos organisations de base. Qu’il s’agisse de l’engagement syndical, associatif, à caractère national ou international, il est urgent de faire progresser, de manière coordonnée, le degré d’implantation et d’engagement de chaque militant communiste au sein et au service des masses populaires.

C’est pour faire avancer ces chantiers décisifs, malheureusement renvoyés aux calendes grecques par la direction et par une majorité du Comité central du PRCF, que ce congrès fondateur appelle les militants communistes, désireux de reconstruire un Parti communiste digne de ce nom pour la France, à nous rejoindre.

Perspectives et orientations

La fondation de l’Organisation communiste de France ne constitue pas une simple recomposition organisationnelle, mais bien l’ouverture d’une nouvelle phase politique visant à doter le monde du travail d’un parti communiste à la hauteur des exigences de la période. Les orientations définies par le présent congrès ont pour objectif d’élaborer et de traduire concrètement notre ligne stratégique, en combinant consolidation organisationnelle, efficacité militante et implantation réelle au cœur du monde du travail et de la classe ouvrière.

Dans l’immédiat, la priorité de l’OCF est de se doter d’une direction collective capable de coordonner l’ensemble de l’activité politique, d’assurer l’unité d’action et de mettre en œuvre, de manière cohérente et disciplinée, la feuille de route issue du congrès fondateur. Cette responsabilité incombe au Comité exécutif central, organe dirigeant jusqu’au prochain congrès qui devra se dérouler en début d’année 2027. Il est chargé d’impulser, de planifier et de contrôler l’application des décisions collectives d’ici là, tout en mettant en place l’ensemble des structures et outils nécessaires pour que le deuxième congrès de l’OCF dispose d’une véritable assise et puisse se dérouler dans de bonnes conditions – tant en termes de délais et de travaux en amont que pour la désignation des délégués et la mise en place d’un Comité central légitime. Placé sous la responsabilité d’un secrétaire général, le Comité exécutif central devra garantir la cohérence politique de l’organisation, arbitrer entre les priorités, coordonner les commissions et veiller au strict respect du centralisme démocratique. Il traitera directement, dans le cadre de ses travaux, les questions liées aux relations politiques, aux luttes sociales et syndicales et à la situation internationale, afin que ces dimensions traversent l’ensemble de l’activité de l’OCF et ne soient jamais dissociées de la direction politique. En ce sens, la représentation ouvrière au sein du CEC, et la montée en puissance de cadres ouvriers compétents, est défendue et assumée, non comme un totem mais comme une nécessité pour toute l’organisation.

La construction d’une organisation communiste solide exige également un appareil organisationnel rigoureux, capable d’assurer la stabilité, la continuité et la croissance de l’OCF. Cette tâche revient à la Commission organisation, dont le rôle est de donner une colonne vertébrale durable à l’organisation. Elle devra garantir le suivi des adhésions, l’animation et la structuration des organisations locales, la communication interne, l’organisation des événements militants, la discipline collective ainsi que la mise en place des outils nécessaires au travail quotidien.

L’indépendance politique de l’OCF repose également sur son indépendance financière. La trésorerie – et le contrôle financier –, auront pour mission de garantir la collecte régulière des cotisations, la gestion rigoureuse des ressources et l’élaboration d’un budget prévisionnel assurant l’autonomie matérielle de l’organisation. La séparation stricte entre gestion et contrôle des finances est une exigence politique, visant à assurer la transparence, la sécurité et la responsabilité collective dans l’utilisation des moyens militants.

La visibilité, l’influence et la capacité d’intervention idéologique de l’OCF dépendent directement de son travail de propagande. La Commission agitation et propagande aura pour tâche centrale de reconstruire un média politique et théorique national, organe de presse de l’OCF, décliné sur l’ensemble des supports modernes, numériques comme papier. Ce travail s’appuiera notamment sur l’existant, en particulier sur le journal La Jeunesse du Monde, qui fournit une base suffisante pour engager cette reconstruction. Ce média aura vocation à devenir un outil central de l’implantation de l’OCF dans le monde du travail, en faisant de chaque militant un diffuseur actif, un représentant politique et un défenseur de sa ligne. La propagande devra également structurer la présence de l’organisation sur les réseaux sociaux, harmoniser l’ensemble de la communication autour d’une charte graphique nationale, organiser la diffusion des expressions officielles, produire le matériel militant nécessaire au travail de terrain et mettre en place un dispositif de relations presse.

Toute organisation communiste digne de ce nom doit s’appuyer sur un travail de production théorique, qui ne peut être séparé de la pratique militante dont il procède et qu’il contribue en retour à orienter. Cette élaboration théorique doit se construire dans un rapport constant avec les expériences concrètes de lutte et être restituée à l’ensemble de l’organisation par le biais d’un travail de formation permanente. La Commission recherches et formations aura pour mission d’assurer le suivi des travaux de recherche validés par le Comité exécutif central, d’animer la réflexion collective autour de ces recherches et de recenser les travaux existants utiles à l’élaboration de la ligne politique. Elle devra également organiser la formation des adhérents, tant aux fondamentaux du marxisme-léninisme qu’aux bases politiques, historiques et stratégiques propres à l’OCF. Ce travail devra être mené dans un esprit de large participation, sans création de chapelles intellectuelles, en articulant étroitement théorie et pratique militante.

Enfin l’OCF se structure sur le territoire national autour de comités régionaux, de sections municipales et de cellules d’entreprise, rurales ou de quartier. Les comités régionaux impulsent et coordonnent la création et l’activité des cellules et des sections, ainsi que l’activité des camarades isolés afin qu’ils puissent créer dès que possible une cellule. L’échelon régional sert également de cadre au débat des textes de congrès et à la désignation des délégués. Cependant, l’activité militante s’organise à l’échelle des cellules, ou à défaut des sections municipales.

L’ensemble de ces orientations et de ces structures n’a de sens que s’il est mis au service d’un objectif central : l’ancrage réel, durable et prioritaire de l’Organisation communiste de France dans le monde du travail, et plus particulièrement au sein de la classe ouvrière. C’est par l’implantation dans les entreprises, les zones industrielles et artisanales, et plus largement dans les lieux de vie populaires, que l’OCF pourra devenir un acteur politique crédible et utile aux luttes sociales, démocratiques, patriotiques et antifascistes. Le développement d’un média national puissant, outil de diffusion, d’agitation et de formation, est à cet égard une priorité stratégique absolue. Il devra permettre de porter une parole communiste claire et offensive, de structurer l’intervention militante et de contribuer à faire émerger les conditions politiques d’un Frexit progressiste, ouvrant la voie au renversement du capitalisme, à la construction du socialisme et à l’émancipation du peuple français. Et cela par le biais de nos sections locales organisant et développant les actions propres de l’OCF, mais aussi par le biais de chaque militant et de son intégration dans les masses, syndicats de combat et associations de luttes. Il incombe en ce sens au CEC, et dans le cadre de notre ligne politique, de fournir les directives nécessaires au développement des batailles à mener auprès des masses.

Toutes les activités de construction de l’OCF, de renforcement de son influence et de conquête de légitimité politique devront s’inscrire dans cette dynamique, sous la direction du Comité exécutif central, afin de faire de l’Organisation communiste de France un véritable outil de combat révolutionnaire au service du monde du travail.

Conclusion

L’Organisation communiste de France naît dans une période de crise historique majeure, où s’accumulent les menaces de guerre, de régression sociale, de liquidation démocratique et de dissolution nationale. Face à l’offensive conjuguée du capitalisme-impérialisme de l’Union européenne et de l’OTAN sous direction états-unienne, l’inaction, l’attentisme et les faux compromis ne sont plus des options. L’heure est à la reconstruction consciente, méthodique, de plus en plus « professionnelle » et déterminée d’un Parti communiste capable d’affronter les défis de son temps.

Ce congrès fondateur marque la nécessité politique de doter à terme le monde du travail d’un parti communiste de combat, discipliné, démocratique, enraciné dans la classe ouvrière et pleinement indépendant de toutes les structures du capital. L’OCF assume sans détour son objectif stratégique : poursuivre l’enjeu, dans la continuité du combat pour la renaissance communiste et des apports historiques de ses acteurs, de la construction d’un Parti communiste digne de ce nom, apte à porter la lutte pour l’indépendance nationale, le Frexit progressiste, la rupture révolutionnaire avec le capitalisme et l’ouverture de la voie au socialisme.

La tâche est immense, mais c’est la hauteur à laquelle nous devons réussir à nous hisser pour permettre au peuple travailleur et à la classe ouvrière de France d’accomplir leur tâche historique.

Rien de ce qui doit être construit ne se fera sans rigueur organisationnelle, sans clarté idéologique ni engagement militant durable. L’OCF sera une organisation fondée sur l’unité d’action, la responsabilité collective et le centralisme démocratique. Chaque militant y aura toute sa place, à condition d’y agir loyalement et d’y défendre par son engagement les orientations adoptées.

L’Organisation communiste de France appelle donc les militants, citoyens et travailleurs communistes, attachés à la paix, à la souveraineté populaire, à l’indépendance nationale et à l’idéal communiste, à s’engager dans cette construction. L’Histoire n’attend pas. Face à la barbarie capitaliste, la seule réponse est l’organisation des communistes, la construction du parti communiste, et le développement de la conscience de classe des masses populaires.

Reconstruire le Parti communiste en France n’est pas une option : c’est une urgence historique.